Exportations versus importations: Les nouvelles batailles
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Malgré des mesures de relance et des succès sectoriels effectifs, la balance commerciale reste en berne. Depuis plusieurs années, le fossé entre des exportations insuffisantes et des importations en hausse n’a pas pu être vraiment comblé. Comment en est-on arrivé là ? Pour inverser la tendance, État et patronat se mobilisent. Pour quels résultats ?
Un virage stratégique majeur s’impose pour faire face aux déséquilibres flagrants de la balance des paiements. Une vérité partagée par tous les acteurs économiques du royaume, qu’ils soient publics ou privés. Alors que le lundi dernier, le Chef du gouvernement expliquait chiffres à l’appui, aux parlementaires que les exportations marocaines ont atteint 331 milliards de DHS à fin septembre 2024 , le Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Industrie et du Commerce, chargé du Commerce extérieur prenait le relais pour brosser aux députés un tableau beaucoup plus détaillé de la balance commerciale. On a ainsi appris que les phosphates et leurs dérivés constituaient les deux tiers de ces exportations, suivis des produits de la pêche (36%), des véhicules (38%), des textiles et vêtements (2%), des produits en cuir (36%) et des équipements électriques (19,5%). En outre, Hejira a rappelé que le volume des échanges commerciaux entre le Maroc et les pays africains est passé de 36,3 MMDH à 52,7 MMDH en 2023, notant que les exportations vers les pays africains représentent 7,6% du total des exportations marocaines.
Malgré ce satisfecit des pouvoirs publics, et selon le bilan provisoire de 2024 de l’Office des changes, le solde commercial du Maroc a affiché un déficit de 222,9 milliards de dirhams (MMDH) à fin septembre , un déficit qui a augmenté de 4% par rapport à la même période en 2023, où il était de 214,2 Mds DH. Les importations ont augmenté de 4,8% pour atteindre 554,4 MMDH, tandis que les exportations ont progressé de 5,3% pour s’arrêter aux 331,5 MMDH évoqués par le Chef de l’exécutif.
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Que s’est-il passé pour que l’économie numéro 1 du Maghreb ait autant de difficultés à vendre plus à l’étranger et acheter moins à ses partenaires commerciaux ? Voilà des interrogations qui travaillent tous les économistes du cru, et dont les réponses se révéleront également déterminantes pour la santé de l’économie Nationale en 2025.
Cette évolution structurelle intervient paradoxalement à un moment où le royaume se démarque de façon remarquable dans plusieurs domaines : le secteur automobile qui affiche une santé insolente, des ports qui rivalisent avec le top ten mondial et le boom de l’économie des énergies renouvelables.
Pourquoi alors les exportations marocaines n’arrivent pas à décoller ?
Pas besoin d’être un expert pour pointer le premier responsable de ce déficit de la balance commerciale. Dans un pays où on prête au maréchal Lyautey, la fameuse sentence «Au Maroc gouverner c’est pleuvoir», l’agriculture continue d’être soumise aux yoyos climatiques et comme les coups de boutoirs de la sécheresse endémique n’ont pas manqué depuis près d’une décennie, les importations de produits alimentaires ( dont le blé et les viandes ) ont explosé.
Rien qu’au niveau des échanges avec les Etats Unis, avec un montant de 610 M de dollars, le Maroc a battu son propre record des importations de produits agricoles américains en 2023, niveau le plus élevé en une décennie.
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Ajoutons à cela, une faible compétitivité des entreprises à l’export, le manque d’envergure de l’offre exportable et l’absence, ou du moins la faiblesse du pouvoir de négociation dans les transactions commerciales internationales. Selon la plupart des patrons d’entreprises, leur principale inquiétude porte sur les conséquences d’une économie en berne, particulièrement dans l’industrie, le tourisme ou le commerce, et ce, en raison des nombreuses crises géopolitiques internationales, de la pandémie du Covid à la guerre qui fait rage au Moyen-Orient en passant par le conflit entre l’Ukraine et la Russie. Résultat, on comprend mieux pourquoi les importations ont nettement augmenté sous l’effet du renchérissement de la facture énergétique.
Parmi les causes structurelles, on peut citer aussi une trop forte concentration des exportations sur une liste limitée de produits de basse technologie ou nécessitant le recours à des volumes importants de ressources naturelles et dont l’exportation se limite à quelques marchés, notamment d’Europe (France, Espagne…), la faible qualification des salariés marocains et leur faible productivité comparativement à des pays concurrents, tels que la Corée du Sud, le Taïwan, la Malaisie ou encore la Turquie. En raison notamment de la hausse régulière des coûts salariaux faisant de cet avantage comparatif des bas salaires un argument obsolète qui avait pourtant son poids à une certaine époque.
Comment rééquilibrer alors la balance commerciale ?
Plusieurs pistes pourraient permettre de rééquilibrer la balance commerciale.
Pour y remédier, le gouvernement a d’ailleurs déroulé une feuille de route pour la période 2025-2026 visant à dynamiser le commerce extérieur.
Au menu des récentes rencontres régionales de concertation sur l’élaboration d’une nouvelle stratégie du commerce extérieur pour la période 2025-2026, près de 524 propositions, qui constituent une véritable feuille de route du commerce extérieur. Les propositions portent principalement sur l’amélioration de la compétitivité, la simplification des procédures, l’accompagnement des petites et moyennes entreprises, la diversification des marchés d’exportation, notamment en Afrique, et le renforcement du tissu d’exportation et de sa durabilité.
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La liste n’est pas exhaustive et on peut aussi choisir de miser sur l’innovation et la montée en gamme des produits Marocains, afin de renforcer la compétitivité du « Made in Morocco » à l’international, comme on peut y aller franco en investissant dans les énergies renouvelables pour réduire la dépendance aux importations énergétiques et cerise sur le gâteau : mettre en place des politiques publiques offensives pour soutenir les PME exportatrices et améliorer la compétitivité-coût, par exemple via une fiscalité favorable et des aides à l’export.
Rééquilibrer notre balance du commerce extérieur, est une tâche de longue haleine qui va demander de très nombreuses années pour qu’on puisse en cueillir les fruits, en attendant, face à une équation aussi compliquée, le gouvernement et le patronat seront jugés dans leur aptitude à assurer cette souveraineté stratégique au royaume dans de nombreux secteurs pour peu qu’ils s’en donnent les moyens. Un bon filon ? La vision Royale de la façade Atlantique qui appelle notamment à promouvoir la complémentarité entre les économies marocaines et africaines. Pour inverser la tendance, toutes les options doivent être mises sur la table, sans aller jusqu’à s’inspirer de l’exemple des États-Unis quand Trump promet d’imposer un droit de douane universel de 10% ou 20% sur tous les produits non fabriqués aux États-Unis, et même de 60% sur les biens provenant de Chine, il est possible de changer de fusil d’épaule pour faire face au déséquilibre de la balance commerciale. Après tout, les tomates Marocaines et les engrais issus du phosphate ont toutes les chances de s’imposer dans les habitudes de consommation de nos frères africains.